Voici le canard. Pas celui qui barbote sur l’étang, pas celui qu’on gave pour en faire un foie, mais celui qui ricane dans les ruelles de béton. Le Canard Urbain.
Regardez-le. Un œil rond, l’autre injecté de rouge, comme si l’un observait la ville et l’autre la saignait. Son bec noir est une ombre qui engloutit les mots. Ses dents — car oui, ce canard a des dents — ne sont pas là pour mâcher du pain sec, mais pour déchiqueter les façades lisses des tours vitrées.
Le Canard Urbain n’est pas une mascotte. Il est l’anti-mascotte. Il ne fédère pas, il fracture. Il ne chante pas, il éructe. Il est l’oiseau du désordre, du rire mauvais et du chaos en cravate. Il ne plane pas au-dessus de la ville : il s’y enfonce, s’y perd, s’y cabre, et nous renvoie en pleine face ce que nous avons fabriqué — un univers de boîtes grises, de fenêtres aveugles, de murs penchés, de cages qu’on appelle maisons.
Le Canard Urbain est l’anarchie faite chair de papier. Non pas l’anarchie romantique des slogans d’ados, mais celle qui dévore ses propres plumes pour survivre. L’anarchie qui se fout du pouvoir autant qu’elle s’en nourrit, qui rit de l’ordre et crache sur le désordre apprivoisé. L’anarchie comme pulsion, comme battement d’aile dans un ciel trop étroit.
Il n’est ni héros ni victime. Il est ce qu’on redoute de voir en nous : l’animal grotesque qui refuse l’harmonie, qui préfère la cacophonie des cris, l’inconfort du heurt. Le Canard Urbain n’appelle pas à marcher droit. Il appelle à chanceler. À se cogner aux murs. À déformer le réel.
Voilà le Canard. Rieur, tordu, hérissé, bancal.
Un cri en bec, une ville en travers de la gorge.
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